Vous êtes ici

Bilan historique 1956-2001

La création du Casodom n'a pas été chose facile. Elle a été marquée très fortement par la personnalité de son Président-fondateur Robert ATTULY, ancien Conseiller à la Cour de Cassation, et aussi par Melle DANCENIS, assistantesociale, qui a été avec lui l'artisan de l'opération.

C'est l'article 2 des statuts qui précise officiellement les
objectifs de l'association:
 « Les moyens d'action de l'Association sont les suivants:
 - institution de services d'accueil et de services sociaux
spécialisés,
 - assistance morale aux familles, aux travailleurs, aux étudiants,
aux malades,
 - orientation des jeunes et des adultes en vue de formation
professionnelle et de promotion sociale,
- commission d'études se rapportant à l'objet de l'Association, conférences, publications, émissions radiophoniques, manifestations folkloriques,
 - participation à la fondation de foyers d'accueil, de maisons de
repos, de colonies de vacances ».

Puis, comme toutes les personnes vivantes, le C.A.S.O.D.O.M. a évolué dans le temps en fonction, en particulier, de l'environnement social qu'il rencontrait et des besoins qui s'en dégageaient.

Des l'origine, le C.A.S.O.D.O.M., création privée, est fortement encouragée par les pouvoirs publics, qui sont même représentés à son Conseil d'Administration. Ses objectifs rejoignaient, en effet, les préoccupations des pouvoirs publics devant le problème posé par l'émigration spontanée sans cesse accrue des originaires des départements d'Outre-Mer en Métropole. Cette émigration avait atteint une ampleur estimée, à l'époque, à 5 000 arrivées par an et la progression était constante. Les candidats à l'émigration étaient peu éclairés sur les conditions de vie en Métropole, ce qui ne facilitait pas l'adaptation désirable, aggravait les difficultés inhérentes à toute transplantation, et engendrait des malaises physiques et psychologiques d'autant plus grands que les intéressés s'embarquaient avec plus d'enthousiasme et d'espoir.

Il était parfois nécessaire de recourir au rapatriement ou le des hospitalisations prolongées. C'est dans ces conditions que pour faciliter les conditions de vie en Métropole, différents départements ministériels avaient d'abord sollicité le concours des services sociaux existants, spécialisés dans les problèmes d'adaptation de nouvelles communautés en Métropole, à savoir, les services sociaux des Nord-africains et le Service Social d'Aide aux Emigrants étrangers et réfugiés (SSAE). Cela n'avait pas été possible, compte tenu de la particularité de la situation des originaires des départements d'Outre-Mer par rapport aux autres émigrants, et c'est ce qui a justifié la création, et l'évolution du C.A.S.O.D.O.M.

Les débuts n'ont pas été, on l'a dit, faciles. Même les rapports d'activité n'ont pas vu le jour dans les premières années. Le premier rapport d'activité du C.A.S.O.D.O.M. s'est appliqué aux trois premières années d'exercice. Que trouve-t-on dans ce premier rapport d'activité?

On y trouve que l'activité est montée en flèche des les premiers mois d'exercice. Alors que 48 cas seulement avaient été traités au cours du 4eme trimestre 1957, trois mois plus tard, 142 personnes s'étaient présentées. En 1958, pour toute l'année, on a dénombré 1 067 interventions, et en 1959, 2390. C'est dire que cette institution correspondait à un vrai besoin. Rappelons qu'elle s'appliquait à l'ensemble des départements d'Outre-Mer, y compris la Réunion, qui semble-t-il n'avait pas de structure spécialisée à l'époque.

En termes statistiques, on trouve dans les rapports que 160 cas de rapatriements ont été traités pour l'année 1962. En 1963, on est passé à 228 cas. En 1964; 187 cas.

Ainsi, au moment ou le C.A.S.O.D.O.M a été créé, période pendant laquelle il n'y avait aucune structure sociale efficace s'occupant particulièrement des originaires des D.O.M., son action était unanimement perçue comme un besoin.

En 1962, l'Etat crée un organisme dont la vocation n'était pas la même puisqu'il s'agissait d'organiser l'émigration vers la Métropole des originaires des départements d'Outre-Mer. Cet organisme appelé B.U.M.I.D.O.M., a eu naturellement à établir des relations de partenariat, à l'époque, avec le C.A.S.O.D.O.M.qui était déjà en place, en vue de régler les problèmes sociaux des personnes qu'il avait fait venir.

Par la suite le C.A.S.O.D.O.M. prend de l'importance.

Il crée des antennes au Havre, à Bordeaux, à Strasbourg, à Nice, à Montpellier, à Toulouse, à Clermont-Ferrand, à Nantes, à Marseille, à Lyon, à Nancy, à Lille. Il s'emploie à la création d'une Caisse d'Aide Mutuelle: c'est ce qui ressort de ses rapports d'activité, notamment celui de 1972. Il envisage même la création d'un centre médico-social, d'un centre de colonie de vacances et d'une maison de repos pour les originaires des départements d'Outre-Mer ... Tout cela n'a pas été réalisé, mais témoigne des ambitions de l'époque.

Depuis 1968, le C.A.S.O.D.O.M. organise des voyages-vacances à tarif réduit. La montée en charge est massive et rapide: 220 voyageurs en 1968, 2 643 en 1971. L'organisation de ces voyages amène même le C.A.S.O.D.O.M. à désigner des correspondants, à la Martinique et à la Guadeloupe, qui participent à l'action du C.A.S.O.D.O.M..

Ce qu'on peut constater par la suite, c'est que les voyages¬vacances tendent à devenir une des activités majeures du C.A.S.O.D.O.M. avec, par exemple, 4 000 voyages organisés en 1973, 4 877 en 1974, 8 000 en 1978.

Par ailleurs, chemine le dossier concernant la demande de reconnaissance d'utilité publique qui remonte à 1960, année pendant laquelle le C.A.S.O.D.O.M. s'installait dans ses locaux de la rue du Louvre.

Le dossier a mis du temps à aboutir malgré les efforts répétés de Philippe PARACLET qui en avait été chargé comme secrétaire général, et qui a poursuivi sa réalisation en tant que président. Beaucoup de personnes ont été sollicitées pour la conclusion de ce dossier, parmi lesquelles on peut citer Gaston MONNERVILLE qui était alors avocat à Paris, et membre du Conseil d'Administration.

Le décret de reconnaissance n'intervient que le 4 janvier 1973, sous la signature de Pierre MEISMER, Raymond MARCELLIN étant ministre de l'Intérieur.

A partir de 1979, commence un autre chapitre de l'histoire du C.A.S.O.D.O.M., car l'activité décline.

Le nombre de voyageurs tombe à 7 780 en 1979, parce que Air¬France n'a pas donné la totalité des allotements qui avaient été demandés.

 La chute de la clientèle pour ces voyages-vacances s'accentue en 1980 pour les raisons suivantes: suppression du tarif préférentiel, création d'un nouveau produit vol-vacances, et extension aux agences des avantages jusqu'ici réservés aux migrants originaires des D.O.M.

En 1982, le nombre de voyageurs tombe à 1 300 à peu près, et en 1984, les rapports ne parlent plus de voyages.

Comme on le voit, le C.A.S.O.D.O.M. a évolué dans le temps. A ses débuts, il joue un rôle de pionnier pour faire face à une situation inédite. Jusqu'aux années 50 en effet, les originaires des D.O.M. qui se rendaient en Métropole ne posaient pas de problèmes sociaux particuliers. C'étaient des étudiants, des fonctionnaires, des militaires, des magistrats... qui venaient dans un but précis, et avec les moyens appropriés. C'est dans les années 50 qu'on a vu apparaÎtre des cohortes de candidats à l'emploi qui n'étaient pas bien préparés à la migration. Le rôle d'accueil indispensable a été alors assuré par le C.A.S.O.D.O.M.

Quand la migration a été mieux organisée, mieux encadrée par l'Etat, il a continué a jouer un rôle important en disposant de moyens plus substantiels qu'à ses débuts, et en cherchant à s'organiser au mieux.

Les besoins des originaires des D.O.M. ont changé; les demandes de rapatriement se sont raréfiées avec le temps, preuve que l'adaptation à la vie métropolitaine se faisait mieux.

A partir de 1980, le CASODOM a traversé une période d'incertitudes. Mais dans la décennie suivante, il s'est recentré sur son objectif initial qui est un objectif social, d'accueil et d'accompagnement.

Il a ainsi retrouvé ses marques, mais pour se maintenir, la vigilance doit être constamment en éveil.

Sa préoccupation, aujourd'hui, est d'atteindre le mieux possible son objectif social en cherchant à toucher l'ensemble de ses ressortissants, et en le complétant par des manifestations plus conviviales et plus culturelles comme y invite le statut.La remise en question permanente de l’activité est nécessaire : c’est ce qui rend possible notre adéquation à un monde qui change, à une population des originaires des D.O.M. en Métropole qui évolue en même temps.

La réflexion collective en cours devrait permettre d’adjoindre aux actions actuelles de nouvelles orientations conformes à ses objectifs statutaires, et de donner une nouvelle dimension à l’institution si elle parvient à concilier les données d’une situation complexe, à définir une stratégie, et à s’en donner les moyens.


 

Extrait du premier rapport annuel du CASODOM ( 1957 )


EMIGRATION AVENTUREUSE - RAPATRIEMENT.
 

Parfois nous nous heurtons au «gachis» d'une émigration aventureuse si démunie pour s'adapter sur le sol métropolitain et qui immobilise des assistantes durant des heures ou des journées entières pour trouver des solutions palliatives et précaires en attendant un rapatriement. 

Ce sont ces jeunes qui à la fin de leur engagement dans l'armée craignant de ne trouver aucun emploi aux Antilles s'enflamment pour un « emploi réservé ». C'est à leur arrivée qu'ils découvrent qu'il s'agit d'un emploi de balayeurs ou de garçons de courses, de gardien de Musée. Déçus dans leurs ambitions et par les conditions de logement, ils viennent nous demander de faciliter leur rapatriement.

Notre rôle fut le même dans le cas de ces deux jeunes pêcheurs, qui, ayant toujours usé du patois local parlaient à peine le français, avouons-le, et qui ayant épuisé toutes leurs économies dans des aventures douloureuses, des frais d'hôtel, de chemin de fer, de commissions à des Agences douteuses, sont arrivés épuisés de faim, soulagés de pouvoir exprimer leur désarroi en patois, mais pour lesquels le seul service que nous pouvions leur rendre, était de faciliter rapidement le rapatriement.

C'est aussi le cas de ces « mères célibataires », pleines de bon sens et de courage dans nos campagnes lointaines, mais qui ne peuvent s'adapter (privées de leur communauté de solidarité habituelle), à la lourde solitude, à l'anonymat, à l'organisation méthodique, au rythme parfois si inhumain des grandes villes et au climat.

Elles sont victimes de légendes entretenues par des compatriotes faisant miroiter des avantages de travail ou de salaires dans les hôpitaux de Paris ou dans l'administration des P.T.T. en se gardant bien de parler des difficultés de logement et des dures réalités.

Ces malheureuses mères errent d'hôtels en hôtels, avec des enfants d'âge scolaire, changent souvent de postes de travail, et inexpérimentées et quelque peu imprévoyantes elles découvrent un beau matin affolées que leur porte-monnaie est vide et qu'elles ne pourront pas régler l'hôtel le soir. Elles perdent une journée de travail, font le tour des services, des oeuvres, des administrations qui nous les renvoient. Dans une seule semaine nous avons examiné trois cas de ce genre.

Ces chocs ébranlent non seulement les mères mais compromettent sérieusement l'équilibre physique et moral de ces malheureux écoliers, ballotés, mal nourris, mal logés relevant par la suite des centres de neuro-psychiatrie, de cures d'air de préventoriums ou malheureusement augmentent le nombre des délinquants juvéniles.

Nous sommes la plupart du temps démunis pour ces cas, plus tard nous espérons réunir un groupe de mères de famille qui voudront bien entourer ces jeunes femmes et les aider à se stabiliser.

Nous réussissons parfois quelques miracles. Ainsi pour cette mère de famille, expulsée de son logement que nous avons pu momentanément faire héberger. D'autre part nous avons eu la chance de trouver une solution de placement inespérée pour la fillette, à une époque de l'année ou les places sont introuvables dans les internats, grâce à une collaboration étroite et dévouée d'une assistante scolaire.


 

COMITE D'HONNEUR
 

Président d'Honneur, Monsieur Gaston Monnerville 

Monseigneurs les Evèques de la Martinique de la Guadeloupe de la Réunion de la Guyane 

Parlementaires:
M. BERNIER, Conseiller de l'Union Française pour la Guadeloupe
M. Léopold BISSOL, Député de la Martinique
M. Auguste BOUDINOT, Sénateur de la Guyane
M. Marcel CERNAU, Sénateur de la Réunion
M. Aimé CESAIRE, Député de la Martinique
Madame Marcelle S. DEVAUD, Sénateur de la Seine
M. François DUVAL, Conseiller de l'Union Française pour la Martinique
Madame EBOUE TELL
M. Edouard GAUMONT, Député de Guyane
Dr. Rosan GIRARD, Député de la Guadeloupe
M. Alfred ISAUTIER, Conseiller de l'Union Française pour la Réunion
M. Emile LODEON, Sénateur de la Martinique
M. Raymond MONDON, Député de la Réunion
M. Pierre MONNERVILLE, Député de la Guadeloupe
M. Vermont POLYCARPE, Conseiller de l'Union Française pour la Guyane
M. Georges REPIQUET, Sénateur de la Réunion
M. SATINEAU, Sénateur de la Guadeloupe
M. Paul SYMPHOR, Sénateur de la Martinique
M. Furcie TIROLIEN, Député de la Guadeloupe
Dr. VALEAU, Sénateur de la Guadeloupe
M. Paul VERGES, Député de la Réunion
Dr. Emmanuel VERY, Député de la Martinique 

Corps Médical:
Professeur GARCIN
M. RAYNAUD, Directeur du Centre Hospitalier de Chartres, Conseiller Technique au Cabinet du Ministre de la Santé Publique et de la Population
M. Edgar ROSA, Pharmacien
Professeur J. TURIAF 

Ecrivains :
M. Georges DUHAMEL, de l'Académie Française

M. Michel LEIRIS
M. Joseph ZOBEL


CONSEIL D'ADMINISTRATION

 

Président Monsieur R. ATTULY Conseiller Honoraire à la Cour de Cassation Commandeur de la Légion d'Honneur
Vice- Président Monsieur J. MAUME Directeur Adjoint de l'A.P.A.S
Secrétaire Général Capitaine Ph. PARACLET Officier Greffier de 1 ère Classe Chevalier de la Légion d'Honneur
Secrétaire Général Adjoint Monsieur M. MANVILLE Avocat à la Cour
Trésorier Monsieur F. THORlN Docteur en Droit ¬Expert Comptable
Trésorier Adjoint  M. J.M. LEGUAY Ingénieur Agronome

 

Soeur AGNÈS de SAINT-PAUL de CHARTRES
Madame BERTHELOT Assistante Sociale Chef de la Commission d'Aide aux Nord Africains en Métropole, Chevalier de la Légion d'Honneur
Monsieur BOURJAC Secrétaire Général à la Faculté des Lettres à la Sorbonne
Monsieur le Colonel CORBIN Pharmacien Chimiste en chef de la Marine Officier de la Légion d'Honneur
Monsieur CARBASA
Monsieur G. GRATIANT Professeur Agrégé d'Anglais
Madame C. JEAN-LOUIS Rédactrice de Banque Vice-Présidente de la Mutuelle Amicale des Colonies
Monsieur de LAGRANGE CHANCEL, Directeur Honoraire de Cie d'Assurances
Monsieur ODET DENIS, Magistrat à Paris - Chevalier de la Légion d'Honneur Président de l'Association des Guadeloupéens
Monsieur PAMELA
Monsieur ZAMOR Sous-Chef de la Section Administrative au Ministère de la Santé Publique et de la Population


 

Le C.A.S.O.D.O.M. a diffusé pendant la période allant de juillet 1962 à juin 1969, une revue intitulé «Le Lien».
Sa diffusion n'a pas été très régulière, puisque huit numéros seulement sont parus.
Cette revue qui était fort appréciée a vu son numéro six d'octobre 1963, entièrement consacré à un hommage au Conseiller ATTULY, Président fondateur du C.A.S.O.D.O.M., décédé le 20 septembre 1963.
De nombreuses allocutions y ont été reproduites, notamment celle du Docteur Camille PETIT qui était à l'époque, membre du Conseil Economique et Social, de M. Gilbert GRATIANT, membre du Conseil d'Administration du C.A.S.O.D.O.M., de M. Albert LÉVY, Secrétaire du mouvement contre le racisme et l'antisémitisme et pour la paix).
Les premiers numéros se terminaient par un poème, les deux premiers ayant eu pour auteur Gilbert GRATIANT.On trouvera, ci-après, le texte du poème en créole du premier numéro. Comme on le voit, il s'agit du créole tel qu'il était pratiqué à l'époque.

   

 

PAPA  YICH’ MOIN
 

Lott bon matin man ouè Cécile Douboutt' adan jadin caill' -la,
Lan-main-ï adan lan-main an nhonm, Anjun-n' bel Negg'fo con an bœuf. Cécile di-moin : « Vancé ti-tac
Pou man sa présenté-ou Joseph,
Papa Yich' -moin. »
Midi rivé man ouè Cécile
Assise assou perron caill' -la
Lan-main -ï assou Zépol an nhonm,
An jun-n' Milatt' genr'ti coq gainm’
Cécile di-moin : "Vancé ti-tac
Pou man sa présenté-ou Popol,
Papa yich' -moin. »
Au souè min-m jou-a, bel Cécile, Couché assou an can-na-pé
Epi an ti Béké-Gouyave,
Di-moin con ça : Vancé ti-tac.
Est-ce ou con-nitt' Mussieu Mano, Papa yich' -moin ? »
Fois ta-a man répon-n' Cécile :
«Aloss' ouja ni tout ça yich,
Anjun'-n moun' con-ou?»
Cécile rouvé zieu-ï grand con ça
Epi-ï pati an bel gran ri :
« Compé Zicaque, ça qui di-ou çà ? Prumié manmaill-moin po-co né,
Mé-ï ké rivé d'ici sept mois...
Si Bon Dié lé ! »
Aloss man répon-n' ti fi-a:
« Ou sé doué crié-ï Trinité! »
Mé Cécile pa té ghié doué suiv'
Pièce catéchisme Mussieu l'Abbé
Piss i répon-n' moin : « Pou qui ça ? Man sé préféré: Fidélio ! »

 


Gilbert GRATIANT