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Le syllogisme

Si on y regarde bien, notre action présente, dont je rappelle qu’elle est limitée aux « originaires des DOM en Métropole », est basée sur un syllogisme. Ce syllogisme, le voici :

1- Des ressortissants des DOM quel que soit leur profil sont capables de franchir les handicaps et les difficultés qu’ils rencontrent en France métropolitaine pour mener à bien un projet de réussite bien pensé,
2- Je suis ressortissant  d’un Dom,
3- Donc je suis capable de franchir les handicaps et les difficultés que je rencontre en vue de  mener à bien dans les mêmes lieux le projet de réussite que j’ai bien pensé.

 

Ou plus simplement, mais de manière moins exacte : Des ressortissants des DOM sont capables de réussir en France métropolitaine - Je suis ressortissant d’un DOM – Donc je suis capable de réussir aussi.

C’est bien le raisonnement simple et basique qui est à la base de l’action que nous voulons mener au bénéfice de nos compatriotes des DOM.
Ce raisonnement est tellement basique qu’il peut paraître trop simple ; c’est pourtant le seul qui puisse induire l’optimisme et la confiance en nous.
Nous savons bien que nous avons des handicaps importants à surmonter. Ils appartiennent à deux catégories qu’il ne faut pas confondre.
Les handicaps externes d’une part, c’est-à-dire ceux qui sont liés à la situation générale qui s’impose à tous auxquels il faut joindre ceux qui correspondent à la situation particulière qui est la nôtre. Ils sont très importants et portent en germes l’incitation au découragement. C’est ce à quoi il ne faut pas céder. Nous devons tout faire au contraire pour les affronter en mettant en œuvre les moyens et les méthodes que nous jugeons appropriés. C’est le plus difficile, ne serait-ce que parce que les solutions ne dépendent pas de nous seuls, mais résultent au contraire de l’interaction de forces complexes et diverses que nous ne maîtrisons pas bien.
Les handicaps internes d’autre part, qui sont en nous-mêmes, qui émanent de nos comportements et de notre état d’esprit, et qui par conséquent dépendent de nous et de notre manière d’être. Ceux-là nous ne devons pas les négliger car s’ils sont bien différents des premiers, ils ne sont pas moins importants.
Le raisonnement que nous proposons ne veut donc pas dire que le projet, si bien construit qu’il soit, se réalisera comme on l’a prévu, car on peut buter in fine sur des obstacles déterminants. Mais quel que soit le résultat auquel on aura abouti, il restera toujours que celui qui a su concevoir, sans pessimisme a priori, un projet réaliste tant du point de vue de ses propres capacités qu’en considération des perspectives qu’il peut offrir, et qui a fait preuve de détermination dans l’effort, a plus de chances qu’un autre, soit de réussir son projet, soit en cas d’échec de rebondir dans une autre direction. L’ennemi, c’est la passivité, porteuse de tous les risques.
Rassurons-nous, tout le monde en est là : ce n’est pas seulement un raisonnement pour « domiens ».
Ce qui est également certain, et c’est vrai pour tout le monde, c’est que chacun d’entre nous a plus ou moins de chances au départ, et pas seulement au regard des capacités financières. Mais est-ce une découverte ?
Pour ce qui est des sorts individuels de nos compatriotes, ce que nous mesurons tous les jours dans les services du CASODOM, c’est l’extrême influence de la constitution de la famille et du comportement des parents, tout autant que du lieu de vie. C’est là que réside le principal avantage ou désavantage, et le jeune qui arrive ne choisit pas. Si désavantage il y a, chacun n’a rien d’autre à faire, pour ce qui dépend de lui, que chercher à le compenser : sachons qu’il y en a qui y parviennent. Il appartient à ceux qui ont franchi les barrières et qui le peuvent de bien prendre conscience de ces réalités et d’apporter toute l’aide possible.
Pour le reste, il faut faire évoluer la société autour de nous, entreprise à laquelle nous nous essayons tous. Mais sans garantie de résultat immédiat ! En attendant, nous devons faire avec ce que nous avons. La génération qui suit fera peut-être mieux.
En tout état de cause, quel que soit le progrès auquel on aura abouti dans cette évolution, notre syllogisme de départ gardera toute sa vérité. L’ignorer ou croire le contraire serait une erreur.


Georges Dorion