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Dîner-causerie : Le magico-religieux dans le comportement des originaires des départements d’Outre-mer en Métropole.

Dîner-causerie du 3 octobre 2007. Il n’a pas été possible, et de loin, de donner satisfaction à toutes les personnes désireuses de participer à la rencontre ; le sujet a en effet suscité encore plus d’intérêt que d'habitude.


Mlle Loïal qui assure une consultation psychologique au Casodom a une bonne connaissance de la vie intime des « domiens », notamment en France. Beaucoup d’entre eux ont en effet emmené avec eux les croyances en vigueur dans leur DOM d'origine.
On trouvera ci-dessous un résumé de la teneur de son exposé :

 

 

Le «magico-religieux» parle du trait d’union singulier existant aux Antilles entre la magie, le magique, et la religion. Ce fait religieux antillais intègre dans un syncrétisme intéressant la diversité des croyances et cultures en présence.

Toute consultation chez le quimboiseur ou chez le gadèdzafè part de deux certitudes : « le Mal existe », et « Jalouzi cé frè a socié ». Quand zafè maré, et qu’on ne trouve pas d’issue, il faut prévoir, aller voir ses affaires. C. BOUGEROL a montré comment la jalousie (plus précisément l’envie) déclenchée par la réussite de quelqu’un sur le plan professionnel ou sentimental peut déclencher une action en sorcellerie, un mauvais sort. L’individu jalousé est alors victime par l’entremise du quimboiseur, d’une série de catastrophes personnelles: rupture amoureuse, chômage, maladies ou accidents, etc. Le guérisseur sera alors sollicité par la victime. Peut-être un bain démarré suffira t-il ? Même le projet de partir pour la « Mère-trop-pôle » selon l’expression de F.GRACCHUS, est lié à cette croyance magique que fô ou jambé dlo (il faut traverser l’océan) car, l’anmè ka coupé tout’ mal  ( la mer casse le mal).

Si ces croyances et pratiques perdurent malgré la modernité, c’est parce qu’elles ont une « efficacité symbolique », au sens de M.MAUSS. Là où la religion, la science et notre bonne vieille rationalité font défaut, la sorcellerie, la magie ou la voyance, elles, ont des réponses. En ce sens, elles organisent le quotidien, les rapports entre les individus, apaisent les tensions. Elles témoignent aussi d’un certain rapport au monde. L’étude des contes créoles nous ouvre à tout un Imaginaire riche en quimboiseurs, gens gagés ( qui ont pactisé avec des morts ou des démons), êtres surnaturels, zombies, moun mô, diab’ et diablesses, soucougnians et autres dorliss. Ces contes véhiculent un monde où se mêlent magie et réel au rythme cadencé des «Yé Krik…Yé Krak ! »,  des «Tim Tim …Bois sec ! » et autres « Est-ce que la cour dort ?...Non, la cour ne dort pas ». Ces croyances se transmettent alors de générations en générations au grand bonheur de petits et grands.

Dans un milieu, où les commérages sont un mode de communication, il faut nommer l’autre. Pour dire avec LACAN, « Je est un autre ». Tant l’individu est pris dans le regard de l’autre. Face aux répétitions étranges d’évènements malheureux par exemple, à « l’Inquiétante étrangeté », dont parle Freud, l’homme a besoin de réponses, pour ne pas tomber dans le trou du Réel, le lieu de la folie. Qu’il soit ami ou ennemi, l’autre devient connu, on sait alors comment se comporter avec lui. Ce qui est plus aisé que de s’approcher de l’inconnu en chacun de nous, cet Autre où sont cachés nos désirs et secrets les plus inavouables.

Quand on vient en France, on migre avec ses zombies selon H. MIGEREL. Mais, les croyances sont ébranlées. Ainsi on ne verra dans les quatre-chemins, ni nappe dressée avec couverts et assiettes, ni crapaud à gueule cadenassée en période électorale. C’est quand le magico-religieux perd de son efficacité, quand le sujet n’est plus a-marré dans ses croyances, que les troubles


psychiques peuvent apparaître. La psychanalyse nous est d’un éclairage précieux, face à un patient qui est victime d’un sort.

Au lieu de taire l’angoisse, le psychanalyste négocie pour qu’elle n’apparaisse pas de façon massive, et que l’individu noue le Réel, l’Imaginaire et le Symbolique. Est Sujet celui qui prend conscience de sa prise dans le regard de l’autre, et de son désir d’être désir de l’autre.

L’exposé s’achèvera sur l’évocation d’un conte « l’oiseau de nuit ». Une petite fille échaudée par les histoires de surnaturel, demande : « Marraine, qui jou ou ka voyé moin en Fouance ? » ( Marraine, quel jour, tu m’envoies en France ?). Et le conte de se terminer : « car en France, il n’y a ni gens gagés, ni volants, ni soucougnians ».
Mé Zanmi ! Yé Krik ?….


Les échanges qui ont suivi l’exposé de Mlle Loïal ont été nombreux et animés, à la mesure de l’intérêt que les participants ont porté à ce sujet qui certes provoque souvent de l’amusement, mais dont on sait qu’il constitue un phénomène de société encore bien présent. Certains intervenants ont apporté au débat le fruit de leur propre expérience

 


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